Axe 3: Discours présidentiel et "tournant à gauche" en Amérique latine (1998-2010)

Intitulé: "Discours présidentiel et "tournant à gauche" en Amérique latine".

  • Cadre historique
Depuis l'élection d'Hugo Chavez au Venezuela en 1998 (prise de fonction en 1999), nombre de pays d'Amérique latine ont vu la victoire des candidats de gauche à l'élection suprême: le Brésil avec Lula, le Chili avec Michelle Bachelet, l'Uruguay avec Tabaré Vazquez puis l'ancien guérillero Pepé Mujica, la Bolivie avec Evo Morales, l'Equateur avec Rafael Correa, le Nicaragua avec le retour du sandiniste Daniel Ortega, le Salvador avec Mauricio Funes et, dans une moindre mesure, le Pérou avec le retour d'Alan Garcia. L'ensemble de ces victoires électorales a recomposé le paysage politique continental d'une façon jusqu'alors inédite: jamais auparavant les mouvements de gauche n'avaient effectués une telle percée électorale à l'échelle du sous-continent. Bien entendu, certains pays constituent encore des bastions pour la droite, telle la Colombie où, bien qu'Uribe arrive au terme de son deuxième mandat, de toute évidence les élections présidentielles devraient donner une nette victoire à son dauphin; ou encore le Mexique où, malgré les suspicions de fraude et le coude-à-coude ayant opposé Felipe Calderon (PAN) et AMLO (PRD), le PAN reste toujours au pouvoir et ce depuis 2000 où il avait succédé à un autre parti de droite, le PRI. Ou encore certains pays d'Amérique centrale, tels le Guatemala ou le Salvador, fortement marqués par la droite conservatrice et l'extrême droite: l'un est toujours gouverné à droite (ou au "centre-droit" par Alvaro Colom) quand l'autre, à travers son président Mauricio Funes, est maintenant dirigé par le Frente Farabundo Marti de Liberacion Nacional, le parti de gauche issu de l'ancienne guérilla "marxiste".
Ainsi, un tel phénomène, jusqu'alors inédit, a amené les commentateurs à parler de "tournant à gauche" en Amérique latine pour parler de ce revirement politique à l'échelle du sous-continent.

  • Problématique
La politique peut être définie comme "la gestion de la vie collective, la régulation de la cité et sa défense, en un mot l'art de gouverner des citoyens regroupés". Cet "art de gouverner des citoyens regroupés" s’exerce particulièrement à l’aide du discours. En effet, la politique organise le social et "il n'y a pas d'organisation sans système, donc sans signes par où passent les reconnaissances et les représentations, grâce auxquelles le social s'érige une cohérence".
Dans les régimes présidentiels, le chef d’Etat représente la plus haute instance politique, celle qui possède et a qui revient en dernier recourt le pouvoir décisionnaire dans cette organisation du social. Son discours revêt donc une importance particulière; il est alors un objet d'étude privilégié pour appréhender les phénomènes historiques et socio-politiques. Ainsi, dans le cas qui nous concerne, l'étude des discours présidentiels latino-américains nous permettront d'approcher sous un angle particulier, le "discursif", le dénommé "tournant à gauche", et plus généralement, la configuration politique latino-américaine actuelle (de façon très large 1990-2010, même si le "tournant à gauche" et la recherche à proprement parler se concentrent sur une période plus réduite, 1998-2010).


  • Méthodologie et mise en œuvre
Il s'agira alors d'analyser les discours présidentiels latino-américains, en privilégiant les locuteurs du dénommé "tournant à gauche", sous deux dimensions: diachronique et comparative.
Les discours de chacun des locuteurs du "tournant à gauche" seront rassemblés en corpus. (Chavez, Correa, Ortega...). Il s'agira alors d'étudier le discours de chacun d'eux individuellement puis de faire contraster le discours de chacun de ces locuteurs entre eux. Enfin, seront introduit dans  le corpus des sous-corpus de présidents de droite (Uribe, Fox, Calderon...) afin de voir les caractéristiques du discours du "tournant à gauche" en tant que positionnement et formation discursive? Enfin, une dernière approche sera tentée: pour les cas de figure qui le permettent, on essaiera d'esquisser une analyse comparative et diachronique à l'échelle d'un même pays afin de voir dans quelle mesure les représentants de ce "tournant à gauche" se distinguent-ils de leur prédécesseurs.
L'approche sera essentiellement lexicométrique tout en s'inscrivant dans le cadre de l'analyse du discours et des sciences sociales. Les mesures lexicométriques permettront de mettre au jour le vocabulaire propre à chacun des locuteurs, d'en distinguer l'évolution. Les approches multidimensionnelles permettront d'esquisser des typologies, d'effectuer des regroupements entre locuteurs sur la base du vocabulaire partagé; elle permettront aussi de dire si le "tournant à gauche" est aussi un "tournant discursif".


Travaux Axe 3:
  • DE SOUSA Serge, "Bolivar et le bolivarisme dans le discours d'Hugo Chavez (1999-2006)", XII Colloque international du CRICCAL : Les indépendances: acteurs, représentations, écritures, Paris, Université Sorbonne-Nouvelle, 14-16 octobre 2010. [version de travail disponible en ligne]
  • DE SOUSA Serge, "Peuple et populisme dans l'Amérique latine du "tournant à gauche": Hugo Chavez et Evo Morales (1999-2010)", Communication au Journées d'Etudes ADAL, octobre 2010.